Le jeu du qui du "Perd-Gagne"
- Catherine Frattini
- 6 mars
- 4 min de lecture

Billet sur la conférence AMI du 6 février :
Lysiane Clément, présidente de l'association AAMM, nous propose un exercice étonnant : le jeu du « qui perd gagne ».
J'ai déjà tenté ce jeu, car, à vrai dire, je me surprends souvent à me plaindre de mes pertes. Mon stylo égaré pour la énième fois, le temps qui me file entre les doigts ou encore la réduction de mes revenus depuis ma récente retraite. Et je dois l'admettre : je n'aime pas cette image de moi, où je deviens irritable, presque grincheuse, dès que quelque chose m'échappe. Pourtant, au fond, je sais que j'aimerais apprendre à accueillir ces pertes avec plus de justesse.
Cette idée qu'elle nous propose m'interpelle : et si, à chaque perte, il y avait un gain à découvrir ? Une forme d'hygiène de l'esprit qui nous invite à revoir nos perspectives. Que perd-on en vérité ? En quoi est-ce si insupportable ? Et comment y trouver quelque chose de nouveau à vivre ?
Lysiane nous rappelle qu'une vie est jalonnée de pertes suivies de nouvelles expériences. Les dernières en date sont souvent les plus douloureuses, mais la pédagogie reste la même : « tu vas perdre quelque chose de précieux et, si tu l'accueilles, tu découvriras une nouvelle forme de richesse offrant de nouvelles performances ».
A cet instant, je me remémore un passage clé de mon adolescence : celui où je commençais à sortir peu à peu du cocon familial pour découvrir l'univers des garçons et oser un flirt. Prendre ce risque, quitter ma zone de confort, n'était pas simple. Il y avait ce tiraillement entre le désir d’être libre et la crainte de perdre cette sécurité familiale. Ce n'était qu'une petite perte, puisque chaque soir, je retrouvais mon nid après le lycée. Pourtant, avec le recul, je comprends que j'y ai gagné bien plus qu’un frisson : l'autonomie amoureuse et un début d'indépendance.
Aujourd'hui, à l'âge de la retraite, je prends conscience que la vie ne me demande plus tant de « faire » ou d'« avoir », mais d'« être » pleinement. Les pertes s'accumulent, inévitables, mais c'est précisément là que le jeu commence.
Jusque-là, j'étais une secrétaire comptable appréciée par mes collègues et mes clients. Aujourd'hui, socialement, qui suis-je ? Une « simple retraitée » ? Ce statut semble bien peu reconnu. Je prends conscience à quel point ma profession me définissait aux yeux des autres… et aux miens. Alors deux chemins s'ouvrent à moi : me lamenter sur ce qui n'est plus ou embrasser pleinement ce que la retraite m'offre. Désormais, je peux consacrer plus de temps à ma famille, à mes proches, et même porter des projets au service d’autrui qui redonne du sens à ma vie. Ce basculement ne sera pas immédiat, mais en apprenant à jouer au « qui perd gagne », en cultivant un regard neuf sur le manque, en transformant peu à peu le vide en opportunité, ma vie pourra se réinventer. Et peu à peu, je pourrai bâtir ma nouvelle place dans ce monde : une place choisie, une place gagnante.
Lysiane nous propose ensuite un autre exemple : la perte de sommeil. Cela me parle immédiatement. Depuis que je suis à la retraite, je dors moins bien. Je ne me couche plus exténuée par le travail, mais cela ne me convient pas du tout : j'ai toujours eu besoin de longues nuits pour me sentir bien. "Si je dors mal, je serai fatiguée, je me lèverai tard, et mes journées seront gâchées"… Bref, l'angoisse monte dès que le sommeil tarde à venir. Je m'obstine donc à aller au lit tôt, mais je tourne en rond, énervée, ruminant sur mon insomnie. Pendant la conférence, je partage cette difficulté avec l'assemblée. Je leur confie que je n'ai toujours pas trouvé ce que je pourrais gagner en échange de ces heures de sommeil perdues. Lysiane me suggère alors une autre approche : plutôt que de lutter contre l'insomnie, pourquoi ne pas accueillir ce moment différemment ? Si je n'arrive pas à dormir, autant l'accepter avec douceur et en faire un temps pour moi, un temps créatif à réinventer.
Le soir même, j'applique son conseil. Je ne parviens pas à m'endormir tout de suite, mais cette fois au lieu de m’agacer, je l'accepte. Une heure plus tard, je glisse dans le sommeil, sans stress ni tension. Le lendemain matin, je me réveille fraîche et souriante, comme si cette petite victoire intérieure avait apaisé toute ma nuit.
Forte de cette expérience, dorénavant, face aux pertes du quotidien, je tenterai de voir ce que je peux y gagner au lieu de m'abandonner aux plaintes. La vie m'offre une chance de m'habituer à cette « gymnastique » tant que les pertes restent surmontables. En m'entraînant dès maintenant, je serai plus habile lorsque surviendront des épreuves plus difficiles. Peut-être que mes gémissements d'antan se transformeront en gratitude pour ces petits instants précieux : un sourire sincère, un moment de contemplation… toutes ces choses simples qui font la richesse d'une vie.
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